Jacky Lecuivre

Biographie professionnelle

C’est une démarche un peu
inhabituelle que la nôtre
aujourd’hui…

Vous qui avez eu l’occasion de croiser Jacky Lecuivre, fondateur de notre société. Vous qui l’avez rencontré et que cette rencontre n’a pas laissé indifférent.

Vous qui avez été sensible à son charisme, son intelligence, son sourire amical et chaleureux. Vous l’avez vu une ou plusieurs fois, avez discuté brièvement ou longuement…

Peut-être avez-vous alors pensé : ça m’intéresserait d’en savoir plus sur lui, le revoir, lui poser des questions, aller un peu plus loin, faire vraiment connaissance… Mais Jacky Lecuivre nous a quittés le 22 janvier dernier. Notre histoire commune s’est interrompue brutalement et tragiquement.

Cette histoire, nous pensons qu’elle peut vous intéresser car vous y avez pris part également.

Comment vous la raconter ? Nous avons hésité….

Avec un texte synthétique afin qu’un maximum de personnes puisse avoir l’occasion de le lire et de découvrir le portrait de Jacky à grands traits ?

Ou par une version plus longue qui permette le détail, la nuance, la petite histoire dans la grande ? Une histoire fondée sur le recueil de témoignages multiples, de personnes ayant côtoyé Jacky au plus près à toutes les étapes de sa carrière.

C’est ce dernier choix que nous avons finalement fait. Ce texte tient de l’enquête journalistique et du travail d’historien. Nous remercions ses proches, amis et collègues, d’avoir bien voulu participer et vous associer à notre démarche.

Nous, dirigeants, associés, collaborateurs de Coppernic savons tous ce que nous devons à Jacky et le premier de ces devoirs est le devoir de mémoire.

Le Sous-Marinier

Quelle sorte d’homme est Jacky Lecuivre dans ses jeunes années  ? Un bon élève, travailleur et méthodique ? Oui ! Mais aussi un fonceur, turbulent et généreux, un boxeur qui aime les défis, les combats et l’aventure.

Comment concilier tout cela une fois le Bac C en poche ? Vers quelle carrière s’orienter  ?

Et pourquoi pas la Marine Nationale ? Le jeune Jacky aime son pays mais a envie d’en voir d’autres. C’est justement ce que propose la marine, en plus d’une solide formation technique pour laquelle il a des facilités évidentes. Il entre donc à l’École de Maistrance de Brest pour devenir officier marinier. Les officiers mariniers, (comme leur nom ne l’indique pas) sont en fait des sous-officiers aux compétences techniques très pointues. Jacky a choisi la spécialité «détection». Tout ce qui touche aux radars et au calcul des positions est de son ressort.

Quelles sont les places les plus enviables pour cette spécialité  ? Celles sur l’un des fleurons de la marine française, le sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) le Redoutable.

Avec Jo, qui restera l’un de ses proches amis, il est en charge de la centrale inertielle de navigation. Sa responsabilité consiste à calculer exactement la position du sous-marin selon trois critères; latitude / longitude, verticale et azimut, c’est-à-dire la position par rapport au nord.

En effet, quand on parle de l’envoi d’un missile à 9000 km, il importe de connaître très précisément son point de départ pour calculer exactement son point d’arrivée.

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La position du sous-marin est un facteur clef. Elle doit être gardée secrète pour le protéger et préserver sa capacité d’intervention. C’est pour cela que durant les 10 semaines d’une patrouille, aucune communication n’est permise à l’équipage. Restant à 200 mètres de fond, s’abstenant de communiquer, le SNLE est quasi indétectable. Même l’État-major de la marine ignore sa position exacte. En fait la seule personne qui la connaisse avec précision, c’est l’officier marinier qui la calcule, c’est à dire Jacky !

Bon, le Pacha (commandant de bord) est informé lui aussi. En dehors de quelques officiers à bord, personne ne la sait et surtout, personne ne doit en parler. Notons que des décennies plus tard, Jacky, malgré les questions insistantes de ses amis, s’est toujours refusé à livrer le secret de ses trajets sous-marins.

La vie en mer est faite de procédures rigoureuses, d’exercices réguliers, de routines, de relèves toutes les 4 heures. Enfin non, pas pour Jacky qui a un rôle très particulier et n’est pas soumis au même rythme que ses camarades car ils ne sont que deux à bord à manier ces instruments électroniques complexes que sont l’accéléromètre, le gyroscope et les calculateurs afférents.

Il lui reste toutefois un peu de temps pour lire dans la salle de torpille ou s’entraîner à la boxe avec un partenaire dans une coursive.

Même par dose de 10 semaines, cette vie sous-marine finit par représenter plus de deux ans cumulés sur les 10 premières années de son engagement. Les périodes à terre sont bien occupées aussi. Jacky continue ses études au CNAM, arrête les championnats de boxe (il a quand même été champion de Picardie), se met au Triathlon et intègre l’équipe de France militaire de Marathon.

C’est à terre qu’il peut passer du temps avec son épouse Viviane et ses enfants : le premier, Kevin, est né pendant une patrouille et Jacky apprend l’heureux évènement par un familygram de 20 mots.

Mais être officier marinier ne constitue qu’un début de carrière. Après les 15 premières années, il se doit d’évoluer : devenir officier ou se reconvertir dans le civil. On peut aimer être un militaire qui défile le 14 juillet avec sabre et gants blancs et pourtant ne pas se sentir complètement à sa place. Le major Jacky Lecuivre n’a jamais renié ses origines populaires et a toujours eu le cœur à gauche. Cela provoque quelques dissonances à bord. Peut-être aussi que les dernières patrouilles sur l’Indomptable ne se passent pas aussi bien que celles du Redoutable. Bien avant la fin de son engagement, il sait qu’il ne poursuivra par ce cursus honorum.
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La technologie est reine à bord d’un sous-marin. Les temps à terre lui sont consacrés également, à travailler avec les industriels sur la nouvelle génération de centrale inertielle. Le chemin est donc déjà tracé pour la suite et c’est facilement et naturellement qu’il est recruté par Mors Techniphone.
Cette société du Puy-Sainte-Réparade, petit village à côté d’Aix-en-Provence dont il tombe amoureux. Il s’installe avec femme et enfants après un périple depuis la Bretagne à bord d’une vieille Renault 4L et d’une caravane. La caravane et le camping municipal servent d’ailleurs de maison à toute la famille pendant les deux premiers mois de sa nouvelle vie dans le sud.

Mors Techniphone fabrique les récepteurs de radio-navigation dont il a eu la charge précédemment. Il a le profil parfait pour être responsable de la formation client. Le responsable formation doit croire aux produits qu’il présente. Les clients stagiaires apprennent d’autant mieux qu’ils sont persuadés de l’excellence des produits présentés.

En fait, le formateur prolonge le processus de vente par l’acquisition des connaissances et l’appropriation des usages. Un bon formateur ressemble souvent à un bon commercial. Ce potentiel est tellement évident chez Jacky qu’il est très vite promu Directeur commercial.

Le Commercial

Peut-être est-ce à ce moment-là que Jacky réalise qu’il a un don. Et que ce don s’accorde mal avec ce métier de sous-marinier. Certaines des qualités développées sont utiles au commercial : précision dans le vocabulaire et les procédures, infinie patience, capacité d’être toujours en alerte et de passer soudain en surrégime… mais elles ne font pas l’essence de son tempérament.

La littérature spécialisée distingue différentes sortes de commerciaux : on oppose par exemple le chasseur à l’éleveur, le premier se consacrant à la prospection, le deuxième développant les relations, auquel on adjoint parfois l’expert orienté technique et le consultant se dédiant au conseil.

De beaux diagrammes illustrent cette typologie mais sont inopérants pour caractériser Jacky Lecuivre. Selon les personnes qui l’ont côtoyé, il est à la fois l’un ou l’autre de ces profils. Il a la détermination farouche du chasseur, l’attention et l’empathie de l’éleveur, la connaissance pointue du produit du bon technico-commercial et la compréhension Il a aussi du bagout, le sens du contact et l’art de créer la confiance instantanément.

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Selon de nombreux témoignages concordants, il est tout simplement le meilleur commercial jamais rencontré, avec une capacité de persuasion qui semble illimitée.

Les produits qu’il vend en ce début des années 1990 sont destinés à l’industrie, aux grands groupes de la défense ou de l’automobile. Jacky va par exemple développer sur mesure un projet pour Citroën. Il faut imaginer qu’à cette époque, les stocks des industriels sont encore largement gérés avec des supports papiers.

Le cariste a une fiche pour déplacer des pièces des entrepôts à la chaîne de fabrication. Un ordinateur tout puissant règne sur les opérations mais il est aveugle, sourd et dépend des informations qu’on lui transmet manuellement avec tous les risques d’erreurs et les délais que cela comporte.

Ce à quoi travaillent Jacky et ses équipes constitue finalement l’un des grands sujets de sa carrière et aussi un des grands sujets de l’histoire industrielle de cette époque.

Cela tient en quelques mots : la portabilité, l’identification, l’interopérabilité.

Si, sur le chariot élévateur ou entre les mains de son opérateur, il existe un petit poste informatique communiquant directement avec l’ordinateur central, le problème est résolu.

Sauf que les liaisons radio entre ces équipements n’en sont qu’aux balbutiements. Le bluetooth n’est inventé qu’en 1996 et le WiFi en 1997.

La solution sur laquelle travaille Jacky est celle d’une communication radio. Il s’agit en plus d’un secteur réglementé, dans le mégahertz comme la bande FM et non pas dans le gigahertz comme le WiFi aujourd’hui. Le système proposé aux ingénieurs de Citroën est opérationnel mais le temps de réponse pour que les informations passent d’un appareil au central est d’une quinzaine de secondes.

Jacky lance alors le projet P5S, projet 5 secondes, c’est-à-dire qu’il s’engage à améliorer la performance d’un facteur 3.

Pendant que les ingénieurs se mettent au travail, Jacky explore les différents systèmes existant aux quatre coins du monde. Un jour dans un salon professionnel à Chicago, il rencontre l’équipe de Teklogix.

Cette société canadienne spécialisée dans la capture de données wireless en temps réel a exactement le produit qui convient. En revanche, il n’est pas distribué en Europe. Qu’à cela ne tienne, Jacky a vite fait de persuader son employeur de conclure un accord de distribution avec eux pour la France.

Avec ses alliés de l’Ontario, Jacky est prêt à revenir voir l’équipe des ingénieurs de Citroën. La démonstration a lieu en condition réelle dans les immenses entrepôts qui doivent être couverts par le signal radio tandis que le temps de transmission est mesuré.

Le verdict tombe : le temps est passé de 15 à 1 seconde.

Surprise et incrédulité des ingénieurs Citroën alignés avec leur blouses blanches logotypées et leurs lunettes à montures acier. L’un deux, en charge des radiofréquences, va plus loin. Selon lui « c’est pas possible que ça couvre comme ça la moitié de l’entrepôt, que ça aille si vite, il y a un truc, vous avez une antenne avec un gain » Ce qui est interdit puisque la puissance d’émission est régulée.

En fait, il les accuse de tricher ! Jacky prend alors le stylo qui est dans la poche de poitrine de la blouse blanche. Il dévisse l’antenne de son appareil Teklogix et met ce stylo à la place. Un nouvel essai est réalisé. La couverture et le temps de réponse sont les mêmes avec cette fausse antenne. L’accusation est retirée par les Citroëns subjugués. Le stylo sert ensuite à signer un contrat substantiel.

Le moment semble idéal pour voir les choses en grand. Jacky est entouré d’une équipe performante et dispose avec Teklogix d’une avance technologique. Les débouchés potentiels sont considérables. Tous les secteurs industriels sont concernés. La grande distribution également.

De plus, l’entente est parfaite entre les français emmenés par Jacky et les canadiens de Rod Coutts, fondateur de Teklogix.

Pourtant l’équipe dirigeante de Mors, l’employeur de Jacky, ne croit pas au développement de ce marché. Un jour, sur une serviette en papier, son DG en fait le business plan : « ce matériel, on peut en vendre pour un million à un million et demi de francs au maximum. Ne perdons pas de temps avec ça. »

Le point de départ de l’imagination, c’est reconnaître une bonne idée quand on nous la présente. C’est ce qui différencie Jacky de sa hiérarchie. C’est ce qui réunit Jacky et Rod Coutts, le fondateur de Teklogix. Ces deux-là sont décidément faits pour s’entendre.

Jacky est prêt à quitter Mors et il propose de créer la filiale française de Teklogix. Rod Coutts ne demande pas mieux mais il est lié par un accord d’exclusivité et l’employeur de Jacky ne veut lâcher ni son produit exclusif, ni son directeur commercial surdoué. Les enchères montent, les relations se tendent, la négociation est dans l’impasse.

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Rod Coutts propose alors à Jacky de conclure ensemble un accord sous la forme d’une simple poignée de main. Sur la foi de cette poignée de main et sans autre assurance, Jacky et les deux principaux membres de son équipe, Pascal et Guy-Franck, démissionnent simultanément. L’imbroglio juridique met quelques mois à se régler, mais la relation est initiée sur le fondement préféré de Jacky : la confiance.

En attendant, les trois compères font des plans sur la comète et fourbissent leurs armes. Rod Coutts subvient à leurs besoins : il leur remet même un jour un attaché case plein de billets de 500 francs ! Finalement, il réussit à débloquer la situation, Jacky devient DG de Teklogix France et la success story peut commencer.

Le Manager

Le groupe Teklogix à cette époque compte quelques centaines de collaborateurs. Pour autant, il a de grandes ambitions. Des filiales sont créées presque simultanément au Royaume Uni, en Allemagne, en France, en Italie, en Espagne, au Benelux…

Un marché mondial est en train de se mettre en place autour de terminaux d’identification et de traitement de données par radio transmission. Teklogix maîtrise mieux que quiconque l’interfaçage entre des terminaux portables et les gros ordinateurs IBM. Le marché est très concurrentiel avec des sociétés historiques telles que Symbol ou LXE, qui seront rachetés respectivement par des géants comme Motorola ou Honeywell.
Mais l’équipe de Teklogix France est la plus agressive, la plus pointue, la plus motivée.

Très vite les succès s’enchaînent.
Le marché potentiel que d’aucun avait estimé au maximum à un million et demi, a explosé dès les premiers mois et c’est très vite en dizaines de millions que le chiffre d’affaires se compte. L’équipe grandit et la dynamique avec elle. Le marché français se révèle le plus profitable et le plus dynamique de l’Europe entière. Rod Coutts en est le premier impressionné.

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Y a-t-il une méthode Jacky ? Et quel est son secret ?

D’accord Jacky est un très bon commercial, d’une détermination sans faille qui connaît ses dossiers sur le bout des doigts et qui plus est, a un véritable talent de showman. Mais il ne peut se démultiplier à l’infini ni être partout à la fois. Sa réussite tient en fait à un autre facteur beaucoup plus déterminant. 

Jacky est d’abord et surtout un meneur d’hommes et de femmes. C’est dans sa façon de fédérer ses équipes vers un objectif commun que son apport est décisif.
Son expérience de l’armée l’a dégoûté du management vertical. 

Tous ses ex-collaborateurs et collaboratrices en témoignent, il n’est jamais dans le rapport autoritaire ou le passage en force.
À la question quelle est sa principale qualité de manager, une réponse revient quasi systématiquement : c’est quelqu’un qui écoute et surtout, c’est quelqu’un qui connaît les gens, s’intéresse à eux, est capable de comprendre leurs attentes, d’en obtenir le meilleur.

Ajoutez à cela une mémoire exceptionnelle et vous avez l’autre partie de son secret. Quand il demande des nouvelles du petit dernier, ce n’est pas une attitude mais une curiosité véritable. Lors de la rencontre suivante un mois après, il a retenu le nom, l’âge et la maladie infantile. Il se souvient aussi des projets, du tempérament et des goûts de chacun. Cela lui sert pour proposer à chacun la bonne place dans l’organisation et des missions adaptées et évolutives. Pour Lydia, « il a le don de détecter les talents et de les tirer vers le haut ».

S’il attend des autres qu’ils partagent sa passion, sa détermination et son travail acharné, il sait que cela n’est possible que dans un environnement optimum où chacun est en confiance, où la hiérarchie sert à soutenir plutôt qu’à contrôler.
Quand une nouvelle personne intègre l’organisation, elle doit sentir immédiatement qu’elle est « bienvenue à bord ». Marc se souvient du « on va bien s’amuser ensemble » lors de la signature de son contrat. Existe-t-il une autre entreprise où un patron dit cela ? En tout cas, le contraste avec son précédent employeur est saisissant.

Peut-être que Jacky aurait pu écrire bien avant que ce soit la mode, des livres sur le management bienveillant, le “care” ou le “nudge”. La vérité est qu’il ne fait que suivre son tempérament et son instinct. Il conçoit une entreprise comme un tout où chacun a sa place et contribue au succès de l’équipe. Et par tempérament toujours, il est attentif à tout et à tout le monde.

D’un point de vue très concret, il refuse que la part variable des salaires soit l’apanage des commerciaux. Les ingénieurs et les employés du service expédition ou comptable ont droit aussi à une part variable. D’ailleurs, à propos d’argent, est-on bien payé chez Teklogix ? Pas plus que la moyenne du marché. Sans doute moins que dans un grand groupe installé en région parisienne. Pour Frédéric, l’essentiel n’est pas là. « Tout l’écosystème nous envie ». Teklogix, c’est l’équipe qui emporte les appels d’offre, qui enchaîne les succès et les célèbre bruyamment. « Work like dogs, Party like Animals ».

Une analogie peut aider à comprendre l’ambiance unique qui s’est installée au sein de l’entreprise. Jacky a finalement trouvé le sport qui lui correspond le mieux : pas la boxe mais le rugby.

Dommage, cette rencontre dont Pascal est à l’origine et que Thierry raconte, s’est faite sur le tard. Jacky n’est plus un jeune homme et n’a donc pas la possibilité de faire une carrière de demi de mêlée ou de troisième ligne.

En revanche, ses deux fils vont pratiquer le rugby à un haut niveau. Lui-même ne se contente pas d’y assister depuis les tribunes. Il s’investit dans le club d’Aix-en-Provence (PARC) dont il est longtemps l’un des vice-présidents avant de présider l’AUCR (Aix Université Club Rugby).Le rugby est une vraie révélation pour Jacky. C’est le sport collectif par excellence.

Celui de l’engagement physique parfois brutal tout en restant un sport de gentleman. Celui qui regroupe toutes les catégories sociales, toutes les nationalités, origines et horizons. Un joueur peut ne toucher qu’à peine le ballon de tout un match et être un élément clef malgré tout.

Le joueur qui saute le plus haut sur la touche ne le fait que grâce à ses coéquipiers qui l’empoignent et le propulsent. L’essence même de ce sport, dans lequel une individualité n’est rien sans les 14 autres, est une vraie source d’inspiration pour Jacky et il appliquera ces principes tout au long de sa carrière professionnelle.

Toutes ces métaphores, Jacky les a en tête en permanence. Et dans son entreprise, il est à la fois le joueur, le capitaine et le coach. Bien entendu, il est le premier à lancer la 3ème mi-temps.

Les soirées de Teklogix France sont renommées dans tout le groupe.

Elles vont d’ailleurs essaimer dans le monde entier au fur et mesure des prises de responsabilité de Jacky au sein de l’entreprise… Mais ne brûlons pas les étapes.

Teklogix France est créé en 1993 par Jacky entouré de Pascal, Guy-Franck et quelques autres. En quelques années, la filiale est la première d’Europe, réalisant un chiffre d’affaires supérieur à l’ensemble des filiales européennes réunies. Le groupe Teklogix est désormais une marque mondiale, présente sur tous les continents.

Rod Coutts, président et fondateur de la société, fait figure de patron idéal voire de mentor pour Jacky. Il admire son intelligence, sa simplicité, sa fidélité à ses valeurs. Son humilité le différencie de ses pairs, les grands patrons arrogants de la Tech.
Mais cet ingénieur passionné ne se sent pas l’âme d’un CEO. Il organise son retrait progressif et vend sa société en 2000.

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Le VP Monde

Si Teklogix qui œuvre dans le B to B n’est connu que dans les milieux technologiques et industriels, la firme qui la rachète est une star mondiale.

Psion, est la création de David Potter. Cet anglais, ancien élève du Trinity Collège de Cambridge, Docteur en physique mathématique est une sorte de gourou de la tech. Le nom de sa société, fondée en 1980 signifie « Potter Scientific Instrument Or Nothing », rien de moins. Cela donne un premier indice sur sa personnalité.

Psion se fait connaître par un simulateur de vol pour le fameux Sinclair ZX81. On lui doit aussi la toute première suite bureautique en 1983 et surtout, il invente le PDA en 1984. Le PDA (personal digital assistant) peut être traduit par assistant électronique de poche (mais personne ne dit ça bien sûr). Ce mini-ordinateur permet au businessman de gérer à la fois son agenda, son répertoire et offre des fonctionnalités de base en traitement de texte et en calcul. Il remplace d’un même coup la calculatrice Casio et l’agenda Filofax.

L’idée est géniale assurément et le succès commercial est considérable. Cette série d’intuitions fulgurantes a installé David Potter au firmament de la tech, à l’instar d’un Steve Jobs. Chacune de ses paroles fait figure d’Oracle. Les années 80 lui ont permis d’asseoir sa réputation, les années 90 lui sont moins favorables. Il n’anticipe pas le couplage de ses PDA avec la téléphonie, il minore l’avenir d’Internet, il ne croit pas à l’informatique familiale et grand public non plus. On a vu plus clairvoyant.

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À la fin des années 90, ses PDA sont passés de la première place mondiale à la 5ème. Pire, c’est le principe même des PDA qui est remis en cause et dont le marché s’effondre. Les téléphones comme les Blackberry occupent désormais le créneau. L’achat de Teklogix est une façon de diversifier les activités de Psion en développant le secteur B to B jusqu’ici peu présent dans le groupe. Or, contrairement à l’usage, cette absorption n’entraîne pas de remise en cause de l’organigramme de Teklogix. Les principaux cadres restent en place ou voient leur périmètre élargi. Pour 368 millions de US$, David Potter a acquis un outil en parfait état de marche. Ce renfort est même plus décisif qu’initialement programmé.
Dans les années qui suivent le rachat, les autres activités de Psion s’arrêtent inéluctablement. Psion est littéralement sauvé par Teklogix.

Jacky Lecuivre poursuit son ascension dans l’organigramme de la nouvelle entité Psion-Teklogix. Il est successivement Directeur France, Directeur commercial Europe, Directeur EMEA et VP des ventes mondiales.

La dynamique qui a présidé au début de Teklogix France continue et se renforce. L’ambiance se caractérise par la forte cohésion des salariés. Lorsque Jacky prend des responsabilités à l’international, il diffuse ses méthodes de management.

Les filiales anglaise, allemande ou italienne réalisent alors qu’elles font partie de la même équipe et des synergies se créent. Des événements ont lieu tous les ans dans des pays différents – Christmas party ou kick off party, avec toujours le même crédo : “Work like dogs, Party like Animals”! Des participants accourent de toute la région EMEA. Ces évènements ne sont pas réservés à l’encadrement.

Ainsi peut-on croiser un chauffeur et une personne du nettoyage, venus d’Afrique du Sud jusqu’à Marseille, un peu éberlués d’abord mais invités vigoureusement à participer à une soirée très festive.

Chacun, quel que soit son poste, doit sentir qu’il ou elle fait pleinement partie de l’équipe. Valérie qu’il a extirpée de son service documentation, a l’occasion de participer à des salons à Amsterdam, des séminaires en Tunisie. Lydia et Blandine l’accompagnent au Canada rencontrer les équipes RH de Psion et il prend le temps de rouler quelques heures pour leur montrer les chutes du Niagara. Ses responsabilités ne le changent pas, sa disponibilité est immense, son énergie inépuisable. C’est aussi un globe-trotter infatigable, recordman des miles en liaisons transatlantiques, recordman aussi pour la perte de ses bagages. Champion enfin de l’autodérision, il régale ensuite l’assistance des récits de ses mésaventures devant la machine à café.

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Le CEO

Ce phénomène finit par intriguer David Potter, le Chairman of the Board tout puissant de Psion : « et si c’était lui le CEO dont j’ai besoin ? ». Des CEO, David Potter a tendance à en changer souvent dans sa recherche de la martingale ultime. Le concept de scalabilité n’est pas encore à la mode dans la tech mais il est clair depuis longtemps que le vrai signe de la réussite est monétaire et les actionnaires président à toutes les décisions stratégiques selon des motivations bien loin des aspirations très pragmatiques de Jacky. David Potter est très riche, il veut devenir richissime. Jacky est-il capable de faire cela pour lui ?

En 2008, Jacky Lecuivre, petit frenchy né à Soissons (1 mètre 87 en fait) qui habite le Puy-Sainte-Réparade en pleine garrigue provençale, est nommé CEO d’un groupe dont le siège est à Londres, le principal site de production à Mississauga – Canada et l’implantation mondiale.

Jacky fait alors ce qu’il sait faire depuis la fin des années 80. Proposer à ses clients, industriels ou grandes administrations, des terminaux à la pointe de la technique, parfaitement adaptés et personnalisés à leurs usages métiers. Les gammes se succèdent avec des succès marquants. Celui du Workabout pro est considérable et les ingénieurs basés à Aix-en-Provence travaillent sur de nouveaux produits intégrant la RFID, la reconnaissance faciale, les empreintes biométriques. Ce petit coin de Provence commence à ressembler à la Silicon Valley. Pour autant, Jacky se soucie autant voire plus de la motivation de ses équipes et la satisfaction des besoins de ses clients que de la prochaine disruption technologique. Les chiffres de vente sont bons, la marge opérationnelle aussi.

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Jacky prend une nouvelle habitude. Il fait régulièrement le voyage jusqu’à Londres. A l’aéroport, une berline allemande avec chauffeur l’amène jusqu’au siège de Psion. La demi journée se passe en reporting devant le pointilleux board d’actionnaires.
CEO est souvent traduit en français par PDG. En réalité, le P de président est absent du sigle anglo-saxon. Le E d’exécution est bien présent.

Rod Coutts, fondateur de Teklogix, a fait un jour une conférence lors de laquelle il a livré l’essentiel de son expérience d’entrepreneur. Selon lui, il y a 3 pieds qui soutiennent une entreprise comme pour un tabouret de laitier (milk stool).

La direction technique et opérationnelle, la direction commerciale et marketing et la direction administrative et financière. Chacun contribue à l’équilibre du milkman : le premier dit ce qu’on peut faire, le deuxième ce qu’on devrait faire et le troisième ce qu’on ne devrait pas faire. Si l’une de ces composantes ne joue plus ou mal son rôle, ou prend trop d’ascendant sur les deux autres, le péril est dans la demeure.

Peut-être que Jacky, dans son avion de retour de Londres, se demande parfois si ces financiers dans leurs costumes de Savile Row, qui n’ont jamais vu un client, qui ne pensent qu’à l’argent que doit rapporter l’argent, sont bien les bonnes personnes à mettre en haut de l’édifice entrepreneurial.

S’il doute, cela ne l’empêche pas d’avancer. Un nouveau produit est prévu : l’IKÔN. « Lecteur de codes-barres, scanner intégré, appareil photo, opérable sous trois systèmes d’exploitation, qui intègre les options de communication par la voix, la localisation GPS, la connexion Wifi, GSM/GPRS et Bluetooth » nous dit la plaquette. 

Il peut aussi tomber par terre et supporter la chaleur, la poussière et la pluie : on parle de terminaux « durcis », aptes à survivre en milieux industriels. Il représente un aboutissement du savoir-faire de Psion Teklogix.

Ce lancement se couple avec un autre évènement : les 40 ans de Teklogix en octobre 2007.

Les invitations sont lancées et plus de 600 invités, conjoints compris, sont réunis à Paris dans une série de lieux prestigieux pour 40 heures de show, de business et de célébration. David Potter et Rod Coutts sont du voyage. Les conférences ont lieu au Carrousel du Louvre, la soirée de clôture au Pavillon d’Armenonville.

L’opération est un immense succès, auquel a largement contribué Fanny, la fille de Jacky, dont la société est maître d’œuvre des festivités. Les clients venus du monde entier sont bluffés. Lors de la soirée de clôture, l’ambiance est plus celle d’un concert de rock que d’un symposium.

Certains se souviennent d’avoir vu Jacky sur scène, sa cravate autour de la tête façon pirate, entonner « Highway to Hell » avec les musiciens du groupe et les clients venus des 4 coins de la planète.
Ce moment est sans doute un sommet de sa carrière.
Et après les sommets, il y a la redescente.
En marge des réjouissances, une réunion du board est programmée. David Potter donne ses nouveaux objectifs à Jacky.

Les résultats sont bons et le cours de l’action monte. « Parfait ! faisons le monter encore plus en licenciant une centaine de personnes. » Et David Potter de confirmer à Jacky que le E de CEO est bien celui d’exécution. Entre ces deux-là rien ne va plus et la rupture semble inévitable.

Jacky pense cependant qu’il a encore une carte à jouer. David Potter espère vendre Psion. Jacky lui présente un acquéreur potentiel important. L’entreprise Honeywell, conglomérat mondial, présent dans une multitude de secteurs, de l’électronique à l’aérospatiale. Or cette « World company » envisage d’acheter Psion. Une réunion est organisée par Jacky à Wall Street.

Le CEO de Honeywell de l’époque, en jean et blouson d’aviateur, rencontre le britannique en costume croisé. Il met sur la table un chèque dont le montant est tellement important qu’il est assorti d’une clause de confidentialité. Jacky exulte. Ce chèque représente pour lui la possibilité de changer l’orientation du board, d’en finir avec cette stratégie de coupeur de coûts.

Las, Potter refuse l’offre. Il trouve le prix trop bas. Jacky est consterné. Il croit moins que jamais à la vista de son Président. N’est-ce pas lui qui a déclaré que Steve Job faisait une erreur magistrale en commercialisant l’iPhone. « Il va se rendre compte qu’il faut arrêter quand il en aura vendu 10 000 ! ». No comment…

Le verdict de Potter est le suivant : pour améliorer le prix de vente de Psion, il faut faire un beau paquet cadeau et trouver un nouvel acheteur dès l’an prochain. Il suffit d’enlever un quart des effectifs, d’arrêter la personnalisation et certains services comme la R&D d’Aix-en-Provence… Cette fois, c’en est trop. Jacky refuse de couper 300 têtes pour enrichir quelques actionnaires. Il quitte ses fonctions de CEO, après même pas deux ans, même si cela constitue un record de longévité à l’époque.

Quant à David Potter, il sort de cette histoire quand il réussit à vendre Psion en 2012 pour 250 millions de US$ à Motorola, soit beaucoup moins moins que la proposition reçue 4 ans auparavant. L’année suivante, la marque Psion disparaît. Potter Scientific Instruments Or Nothing ? Finalement, ce sera Nothing.

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Le Fondateur

Jacky Lecuivre, CEO de Psion, n’est pas quelqu’un qu’on congédie d’un signe de tête. Ses résultats excellents, son prestige au sein du groupe, son aura dans la presse spécialisée, rendent cela impossible. Mais quelle place lui donner après qu’il ait occupé la première ?

Il réintègre finalement son poste précédent de VP chargé des ventes mondiales. C’est un pis-aller. Pour Jacky comme pour Psion. Jacky se prépare à rebondir et a besoin d’un peu de temps. Psion ne veut surtout pas qu’il file à la concurrence ou s’en faire un ennemi. Il pourrait très bien se contenter de terminer tranquillement sa belle carrière, “les pantoufles sous le radiateur”, jusqu’à une retraite bien méritée, mais c’est sans compter sur son appétit insatiable et sa quête continue de nouveaux challenges.

Une solution finit par émerger. Jacky a constitué un petit groupe d’ingénieurs au sein de Psion sur le site d’Aix-en-Provence : des experts en systèmes de communication sans fil et en technologies de capture de données, à savoir la biométrie, l’imagerie, les scanners laser, la RFID, les cartes à puce, l’OCR, etc. L’objectif de ce groupe était en intégrant ces technologies dans des terminaux portables, de concevoir, de développer et de fournir des produits adaptés aux travailleurs mobiles dans différents secteurs du marché : Transports publics, contrôle d’accès, relevé de compteurs, authentification de documents d’identité sécurisés, identification des personnes, maintien de l’ordre.
C’est ce groupe que le conseil d’administration de Psion a décidé de démanteler. Pourquoi ne pas le reconstituer en tant que société autonome ?

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Une négociation s’engage en vue d’un partenariat. L’accord obtenu prévoit le départ de Jacky ainsi que celui de 10 personnes clefs qui doivent constituer à la fois la force vive de la nouvelle société et ses premiers actionnaires fondateurs.

Coppernic – c’est le nom trouvé par Kevin Lecuivre – est lancé en fin 2008.
Jacky peut compter sur ses associés : Alain, Benoist, Blandine, Christophe, Fabien, Gilles, Kevin, Marc, Philippe et Philippe.
10 + 1, ça ressemble plus à une équipe de foot que de rugby mais ça ne les empêche pas de se sentir forts comme les All Blacks.

Il bénéficie aussi de la caution/garantie de Psion sur un prêt de 450 000 € contracté par la jeune société en échange d’une clause d’exclusivité de 3 ans. La petite équipe se met au travail. Elle peut conserver quelques clients historiques et continue d’utiliser des terminaux Psion pour réaliser ses intégrations. Dès la première année, les résultats sont là et un bénéfice est dégagé.

Coppernic a trouvé sa niche : faire du sur-mesure, développer de nouveaux usages, rester à la pointe. 

Ses clients sont des administrations, des gestionnaires de réseaux de distribution, de transports et des industriels. Au fil des années, Coppernic s’affranchit du matériel de Psion et finalement construit ses propres terminaux

Même si le marché B to B est moins friand de nouveautés que le grand public, Coppernic lance des produits innovants comme son terminal C-One, le premier appareil très compact sans clavier du marché, disposant des mêmes capacités d’intégration que le Workabout Pro, que Jacky baptise le “couteau suisse de la mobilité”. Il aime beaucoup rappeler aux ingénieurs de Coppernic qu’ils sont là, pour développer les plus belles lames du couteau.

Une des possibilités offerte par ces technologies est la biométrie. Un appareil à peine plus grand qu’un smartphone est capable de relever les empreintes digitales et de photographier une personne, permettant ensuite de garantir son identification et de l’intégrer à une base de données. Les perspectives sont multiples. Il en est une à laquelle personne n’avait pensé et qui concerne la démocratie. En 2012, suite à un salon à Amsterdam, Coppernic obtient un marché avec le Ghana en fournissant 33 500 terminaux capables de constituer des listes électorales certifiées et ensuite de vérifier instantanément l’identité des électeurs grâce à leurs empreintes digitales.

Le terminal lit le code barre sur la liste d’émargements, vérifie l’empreinte digitale et affiche le verdict. Lumière verte ou rouge : c’est instantané. Ce procédé permet de publier les résultats de l’élection ghanéenne dès le lendemain du vote et sans contestation ou doute sur le résultat. 

Jacky est alors aux anges, réaliser un tel projet, pour une telle cause et dans un pays africain, un continent qu’il aime et admire tant !
Le même type de matériel est utilisé également pour le contrôle aux frontières européennes. Cette fois, le cheval de bataille de Coppernic est la garantie de la souveraineté technologique, la sécurité des données et le respect de la législation RGPD. On ne peut s’en remettre sur ces sujets à des sociétés américaines ou chinoises qui ont peut-être des portes dérobées rendant accessibles les données de la population. Et Jacky est de très mauvaise humeur quand, malgré ces enjeux, des sociétés ou des commanditaires français négligent de s’adresser à d’excellents fabricants nationaux.

Coppernic est désormais sur sa lancée. Elle a prouvé la validité de son modèle économique. Dans les incertitudes du marché et avec parfois quelques embardées, elle poursuit sa route et explore de nouveaux territoires. Pour Jacky, c’est le temps du retrait opérationnel, tandis que la génération suivante prend en main la société. Malgré tout, sa soif de réussite et son appétence pour le métier de commercial qu’il aime tant, le conduise à relever de nouveaux défis qui requiert une pugnacité dont lui seul est capable : travailler avec les grands ministères régaliens (MINARM et MININT) et il y parvient avec brio en 2022.

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Jacky & Rob Vandervecht

Les Successeurs

Depuis 2013, Kevin Lecuivre est Directeur général de Coppernic.
Depuis toujours, il voit son père travailler et depuis presque toujours, il travaille à ses côtés. Cela s’est fait naturellement, sans qu’il y ait de plan déterminé.

Côté formation, Kevin a fait une bonne école de commerce et joué au rugby en Fédérale 1 (ça compte au moins autant !).

Côté expérience, il intègre Psion Teklogix comme simple stagiaire en 2002. Un nouveau terminal vient de sortir, fruit de la collaboration R&D entre Teklogix et Psion, le Netpad. Personne ne sait trop comment vendre ce matériel qui ne ressemble ni à la gamme de l’un, ni aux clients de l’autre. C’est finalement lui, le stagiaire, qui fait les premières ventes et gagne ainsi son ticket d’entrée dans la société.

Jacky est particulièrement remonté contre les passe-droits et privilèges. Son fils ne doit en aucun cas bénéficier d’un traitement de faveur. D’ailleurs, comment aurait-il un traitement de faveur alors qu’il apprend son métier tout seul, en Afrique du Sud notamment en 1999 et 2000.

En 2005/2006 il est désigné meilleur commercial du groupe au niveau mondial grâce à de grands projets remportés chez EDF et la SNCF. La valeur n’attend pas le nombre des années, d’autant qu’il renouvelle cette performance en 2007 et 2008.

Jacky entouré de Kevin et Marc Piepers
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Fanny de son côté a monté sa propre structure d’événementiel à Paris. Son père l’a effectivement lancé en lui permettant de participer à la consultation du grand évènement des 40 ans de Psion Teklogix. S’il le fait, c’est en prenant deux précautions. Il ne participe pas au vote pour la sélection de l’agence retenue. Il demande à chaque participant du concours d’anonymiser sa copie. Fanny l’emporte face à des ténors du secteur beaucoup plus chevronnés (et sans doute plus gourmands également).

Quelques années plus tard, elle rejoint la nouvelle structure Coppernic à Aix-en-Provence en tant que responsable marketing et communication.

Seul Pierre-Alexandre, le plus jeune et 3ème enfant de Viviane et Jacky, échappe au virus Coppernic et poursuit aujourd’hui une carrière d’entrepreneur dans l’aménagement de vans…

Chacun des membres fondateurs associés mérite une mention pour son investissement dans le projet collectif mais l’un deux a une place particulière en tant que Directeur technique, garant de l’excellence technologique des matériels et logiciels développés. Marc, fidèle parmi les fidèles depuis l’épopée Psion est maintenant Directeur Général.

Une personne ne figure pas dans ces fameux ”dix du début” mais les a rejoint plus récemment. Il se nomme Rob et il est Canadien. Il n’intègre Coppernic qu’en 2021 mais a travaillé auparavant plus de 20 ans chez Teklogix puis Psion Teklogix, au Canada comme en France.

Ce ralliement tardif ressemble donc à un retour aux sources. Sa présence démontre la continuité entre Teklogix et Coppernic. Un même esprit souffle sur ces deux entités.

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Cet esprit, c’est celui de Jacky...

L’esprit de Jacky qui arpente de son pas rapide les couloirs de Coppernic comme autrefois les coursives des sous-marins, l’esprit de Jacky qui se penche sur l’épaule du développeur ou de l’électronicien, qui interroge encore et encore les solutions techniques élaborées, qui souffle ses argumentaires et punchlines à l’oreille du commercial, qui proteste et vitupère contre les marchés biaisés et l’entre-soi des nantis, l’esprit de Jacky éternel Don Quichotte dans les vents de la City, super vendeur aux quatre coins du Monde, ami de la terre entière, dont les valises perdues, quelque part au-delà des océans, sur un carrousel à bagages, tournent encore et encore…

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Cette histoire a été racontée par Fanny, Frédéric, Guy-Franck, Jo, Kevin, Lydia, Marc, Pascal, Rob, Roger, Thierry et Valérie. Une histoire qui n’aurait jamais été aussi belle et aussi intense sans le soutien indéfectible de son épouse Viviane. L’assemblage de ces témoignages a été réalisé par Laurent.